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La C.U.V. : ceci n’est pas un bar à vin

La mise en garde n’est pas superfétatoire. Quand on met sa tête dans la C.U.V.  , on y voit souvent une foule bigarrée de gens bruyants et riants, des assiettes de pains, des fromages et des bouteilles. Oui, des bouteilles, beaucoup de bouteilles. La cave est à l’image de son quartier, vivante et dynamique, tourbillon de rencontres et de sourires. Lénaïc Tevelle est là, au milieu de ses hôtes, le bras large, le mouvement ample d’un gars du sud-ouest. Le geste est alerte, la dextérité acérée, il maîtrise le lieu. Vous êtes chez lui, du moins dans sa C.U.V. et ne lui demandez pas pourquoi la C.U.V., il se fera un plaisir d’inventer instantanément et avec le plus grand sérieux un acronyme délirant. La CAVE de Saint-Michel, plébiscitée par nos membres du salon confidentiel, est sans aucun doute le magasin le plus atypique dans la capitale de l’or rouge.

 

 In vino veritas

La C.U.V. est un lieu hybride et inclassable. A gauche, un évier qui rappelle votre cuisine américaine, à droite la caisse, sur le comptoir, en forme de bar, les tonneaux au milieu arrivent tout droit des chais bordelais. Puis les murs qui, telle une bibliothèque humaniste, étalent la connaissance du propriétaire en centaines de bouteilles issues de ses voyages viticoles. Il la veut depuis si longtemps « sa » cave, ici à saint-mich’, quartier délaissé par les maîtres du vin, loin de l’hyper concentration touristique de ses confrères. Une terre abandonnée des œnologues, « son quartier ». C’est tout son projet qui résonne avec les rues alentours. Il y a installé ce tableau bigarré et hybride. Ni bar, ni appart, ni même cave, du moins loin des caves traditionnelles où les grands crus se font une compétition acharnée. Il y a tellement de vie et d’activité sociale, collective, que bien souvent le matin Lénaïc doit expliquer à un passant venu se jeter un petit canon matinal que ceci n’est pas un bar à vin mais juste une cave ouverte et accueillante. Ici on se rappelle de l’essence même du vin : être un vecteur de la relation humaine, de l’amitié et de la fraternité. On oublie souvent qu’il y a deux C.U.V. Celle de Saint-Mich, « la pop », celle de Nansouty, la « in », deux quartiers, deux dominantes de clientèle, mais un même désir. Que la bouteille fasse mouche, qu’elle lie les corps et délie les langues. Y’a cet étudiant qui veut un vin blanc au goût de fruit exotique, piège à fille imparable, cette jeune fille qui tire son frais mari pour venir choisir le vin qui, ce soir, assoira son bon goût marital auprès du beau papa par trop expert. On trouve beaucoup d’experts en ces terres de vin…

 La rencontre au cœur d’une chaîne de valeurs.

Lénaïc Tevelle en est un nez. Mais par bien des aspects, il en est une espèce bien atypique. Sans être issu de la grande famille du vin, le bac en poche, il veut pourtant courir le grand air au cœur des vignes. Il fera une formation plutôt du côté de la production. Il y apprend l’art du vin, le travail ardu, les dos qui font mal. Mais cette formation lui révèle tout de suite sa destinée : la relation. De sa formation, il comprend qu’il sera du côté de la vente et du négoce. Alors il entre par la petite porte : la grande distribution. Mais là encore, il se découvrira par défaut : tout mais pas ça. Il multiplie alors les expériences, aux deux sens du terme et recherche dans l’innovation et la création une façon de réinventer la relation au client. Il s’intéresse aux NTIC, crée des marques de vins, il prend goût à cette liberté, à cette créativité. Il veut sa cave, sa première œuvre à lui, le terrain où il pourra s’adonner librement à ce qui le taraude. Redonner au vin sa dimension essentielle : la relation humaine. Depuis plus de 10 ans, Lénaïc achète du vin et même si la grande distribution n’ a été qu’un accident de parcours, cet ancien de chez Cousin et Cie, la référence des cavistes branchés du vieux Bordeaux, a accumulé tout au long de sa carrière des petites adresses. Ces exploitations, pendant 10 ans, il en a gardé précieusement les références. Il les conseillait aux amis et à la famille puis vint un temps où la connaissance accumulée ne pouvait plus se restreindre au cercle des proches. Voilà ce que l’on rencontre dès le premier plan à la C.U.V,10 ans d’histoire et de rencontres entre un homme et ses producteurs. Ces gens qui à ses yeux font toute la richesse d’une bouteille : un  sol, un auteur, du travail, en somme un terroir. Derrière chacune de ses bouteilles, il y a une rencontre devenue une amitié. Une histoire et un art unique, une révélation voire une œuvre tout d’abord…authentique.

 

 La valeur confiance comme base de la transmission

C’est une chaîne de la confiance que le monde du vin (du moins cela devrait l’être). Confiance entre le viticulteur et sa terre. Respect dans une production raisonnée avec un terroir et une identité locale qu’il ne faut pas trahir. Confiance dans des modes de production à la recherche de la créativité et de l’excellence contre une standardisation du goût moyen. Confiance avec ses apprentis et ses salariés qu’il manage comme un grand frère aimant et qu’il forme sans retenue pour qu’ils le secondent rapidement puis volent de leurs propres ailes. Confiance enfin avec le client qu’il faut accompagner progressivement pour l’emmener vers des terres où le vin n’est pas qu’un goût de fruit rouge boisé. La relation prend alors la forme d’une transmission. On comprendra très vite que les cours d’œnologie, les dégustations de vins et de fromages, les visites du marché des capucins ne sont pas là pour booster les ventes en décaissant les stocks. C’est la base même du projet de Lénaïc. Mettre en place un espace de conseil, de formation et de transmission autours de l’art du vin. Donner goût aux divagations hors des sentiers battus, apprécier l’art de marier les produits les plus fins et les plus naturels avec des arômes authentiques. C’est une sorte de secte, ces gars de la C.U.V. ! On y trouve toutes les couches sociales accoudées à des barriques, les yeux rivés sur le fond de leurs verres. On y entre un jour, timide et incertain, on se rue sur la bouteille à 6 euros, pour voir. Puis on y revient à peine remis de sa surprise. On tente alors l’échange (pas encore le dialogue). Une question, une confirmation, à la caisse juste avant de partir, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, on se retrouve un jour à disserter jusqu’à pas d’heure car ce soir, un « Hermitage » est rentré et il ne fallait surtout pas rater ça. Le rideau se ferme mais on a oublié les convives. Ils sont restés à l’intérieur.

 

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